Une vie gâchée

C’est vraiment une vie gâchée que la mienne.

J’avais tout pour faire de ma vie quelque chose de bien, et j’ai tout gâché, tout détruit, tout balancé, parce que je n’ai jamais trouvé personne pour m’accepter, m’aimer, me comprendre.

Je ne reproche rien à personne, chacun est tel qu’il est et pour la plupart je les envie, mais parce que je n’ai pas su être plus égoïste, moins généreux j’ai dû bien trop de fois recommencer à partir de rien.

Mais cette fois-ci c’est celle de trop, celle qui fait combien je me rends compte de l’absurdité de mon existence.

Je n’ai rien capitalisé, je n’ai rien fait pour personne, ou peu s’en faut, je n’ai jamais envisagé que le lendemain je me retrouverai comme la veille, seul.

J’ai été naïf, et l’espoir que cette naïveté nourrissait a fait que je me suis toujours entièrement donné, que j’ai tout partagé de ce que j’avais pu capitaliser.

J’ai cru, je me suis illusionné plutôt, que l’autre serait avec moi comme je l’étais avec lui, franc, sincère, désintéressé, mais ça ne fut jamais le cas.

J’ai toujours cru qu’aimer c’était donner, de façon désintéressée et totale, que c’était accepter l’autre avec ses défauts et apprécier ses qualités, j’ai cru, je me suis illusionné.

Aujourd’hui je me sens triste, encore ce matin j’ai eu droit à une leçon de morale concernant mon inaptitude à l’hypocrisie, je me sens vidé, seul, désemparé face à ce qui m’attend.

Je ne sais pas, plus quoi faire, vers qui me tourner, je m’inquiète parce que je n’ai pas envie de disparaître mais je ne vois pas comment je pourrai continuer à vivre comme ça.

Qui, d’ailleurs peut vivre seul ?

J’ai quelques biens, pas grand chose, tout tiens dans le coffre d’une voiture, mais je n’ai nulle part où les mettre en espérant, en attendant pouvoir de nouveau les récupérer.

Les envoyer à ma famille, ce serait avouer la misère dans laquelle je suis, et je n’ai pas envie de leur faire part de ma souffrance, ils ont leurs problèmes, pas besoin des miens.

Mais ce n’est que du matériel, et ça m’indiffère, même si c’est la concrétisation, la matérialisation de l’échec de ma vie.

Comment peut-on se sentir si seul ?

Comment ne pas avoir peur de ce qu’on ne peut ignorer ?

Je sais très bien que je vais finir dans la rue, tel un clochard, et qu’il ne me restera que le mauvais alcool pour oublier où je suis et ce que je suis.

Je sais très bien que je ne le supporterai pas longtemps, parce que j’ai besoin de me sentir utile, de servir à quelque chose, sinon à quelqu’un.

Je pense que je n’arriverai pas à vivre une seule journée après être tombé si bas, même si c’est une libération, mais c’est surtout un enfermement.

J’ai déjà vécu dans la rue, sans rien, avec quelques deniers en poche, vivant au quotidien.

Je m’en suis sorti, il y a bien longtemps déjà, en mentant sur mon passé pour pouvoir obtenir un emploi, en mentant sur mon présent pour obtenir l’attention et l’affection.

Je ne veux, peux, plus mentir, j’en ai marre de m’illusionner et de me tromper moi-même.

Je vais finir à la rue, c’est une quasi-certitude, ce n’est pas ce qui m’inquiète, loin de là, ce qui m’angoisse c’est de me rater, de ne pas parvenir à mettre un terme à ma souffrance, et cette idée est motivée par le fait que je n’ai pas envie de mourir, j’ai envie de vivre, de continuer à voir ce monde collapser, s’effondrer sur lui-même, se détruire en m’exploitant comme il l’a fait depuis que je fais partie de lui.

J’aimerais simplement avoir un petit boulot, régler mes dettes, vivre une vie modeste, avec quelques amis, peut-être même rencontrer quelqu’un, mais je sais que tout ça n’arrivera pas, parce que je n’y crois plus, je ne pense pas que ça puisse m’arriver, simplement parce que je suis dans une situation qui ne le permet pas.

Et ça ça m’angoisse.

Je ne suis pas paniqué, je suis terrifié à l’idée que ma vie est en train de s’achever, que ce n’est pas du à une maladie, pas du à une guerre, pas du à la bêtise humaine, mais simplement à la mienne, que c’est moi qui me suis mis dans cette situation d’où je ne pourrai sortir que les pieds devant parce que rien d’autre ne viendra m’apporter l’espoir de la voir s’améliorer.

Ces mots je les écris parce que j’en ai besoin, parce que je n’ai personne à qui m’adresser, et ils ne vous sont pas adressés, ils sont là parce que j’ai besoin de les voir, de les exprimer.

Peut-être devrai-je me rendre dans un hôpital psychiatrique où on me donnera des drogues pour me permettre de ne pas sombrer dans l’obscurité de ma réalité, mais ça ne changerait rien à ma situation, ça ne ferait que procrastiner l’inéluctable fin de mon existence.

Aussi je ne m’y rends pas, parce que je ne pense pas que ce soit une solution, mais un placebo, un moyen pour faire passer le temps.

En fait ces mots sont là parce que je ne sais plus quoi faire, vers qui me tourner, que je ne crois plus en rien, ni en personne, je sais je me répète, mais d’où je suis je ne vois pas d’avenir à mon existence et ça me fait mal, parce que ça veut dire que toute ma vie je n’ai fait que perdre mon temps, souffrir et m’illusionner, parce que ça veut dire que je n’ai rien, que je ne suis rien, et que ce monde n’a que faire de personnes comme moi.

Je ne me plains pas, j’ai ce que je mérite, je me suis battu des années durant pour faire quelque chose de ma vie, et j’ai tout gâché, j’ai tout détruit, donc aujourd’hui j’en suis où je me suis mené.

Je ne reproche rien à personne, parce que durant des années j’ai refusé, tout refusé, rejeté tout le monde, récemment encore, mais j’étais drogué et alcoolique, ce qui n’est plus le cas, mais ne change rien.

Aujourd’hui je me sens perdu, perdu comme un enfant qui attendrait qu’on lui donne la main pour le mener en sécurité, mais aucune main ne viendra se tendre vers moi, car je ne suis plus un enfant, même si, et il n’y a pas de lieu où je serais en sécurité.

J’ai perdu ma vie à la gâcher, je pensais les choses différemment, je m’illusionnais, aujourd’hui je vois à quel point je me suis trompé, et je suis triste, je me sens seul, et j’ai peur…

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