Une Formation qui ne dit pas son Nom : Bilan mi-saison

Voilà, voilà, voilà, huit semaines viennent de passer.

Nous sommes arrivés avec de l’espoir et de l’ambition il y a huit semaines, qu’en reste-t-il à mi-parcours…

Ben, comment dire…

Dans ce billet il sera question de la Formation qui ne dit pas son Nom, mais aussi de toute autre chose, même si.

Alors je commence avec cette “formation”…

Celles et ceux qui ont lu, ont pu constater que tout n’est pas formidable au royaume des formations estampillées “Grande École du Numérique”, car la réalité, comme beaucoup de choses au Royaume de la Start-up Nation, n’est pas vraiment rose.

Je récapitule :

Nous attendions cette formation avec impatience, l’ayant découverte au détour des méandres du net, notre désir de parfaire nos connaissances et d’améliorer nos compétences dans ce domaine était grand. Et nous l’avons attendu cette formation, recrutés fin en Novembre avec un début de formation annoncé en Décembre, voire Janvier, elle n’a commencée que le 19 Février. En effet l’organisation de la formation n’ayant pas non plus été capable de recruter le numerus suffisant pour la session AdminSys (DevOps), nous patientons. Nous avons donc 3 mois d’attente pour notre part, et de préparation de la part de l’entreprise organisatrice, enfin en principe, car…

Quand nous sommes arrivés le 19 Février les choses sont perturbantes, pour le moins.

Pour rappel le mois de Février a été froid, et la salle dans laquelle nous sommes arrivés est climatisée, mais en froid, pas chauffée, bon départ.

Les machines sur lesquelles nous serons amenés à travailler sont sous Ubuntu 16.04 LTS, gentiment installées par les participants à la formation WebDev arrivés 3 semaines avant nous. Oui car le modèle pédagogique n’est pas vraiment clair, pour le moins.

Le hic c’est que dès le début nous rencontrons des soucis avec l’accès root sous Ubuntu, n’ayant pas le mot de passe du root il est difficile à chacun de gérer son poste et d’accéder correctement au système. Du coup nous prenons l’initiative de monter Debian Stretch sur tous les postes, et la blague commence. En effet, malgré les pré-requis demandés par l’organisation de la formation (suivi d’un tuto Bash et installation d’un serveur via HowToForge) nombre de participants ont à peine manipulé un pc dans leur vie, et seulement cinq d’entre-nous ont un passé informatique. Alors je ne vous raconte pas l’installation d’un Debian par un néophyte en informatique (oui en informatique pas qu’en environnement GNU/Linux) mais je vais le faire quand même.

Booter sur une clé usb contenant une image netinstall de Debian, ça, ça va. avancer dans le menu d’installation jusqu’au partitionnement du disque, à la rigueur, mais configurer le partitionnement d’un disque alors qu’on n’a jamais ou peu s’en faut, manipulé un ordinateur et seulement en mode utilisateur occasionnel, euh comment dire… Joker !

Donc avec toute la patience qui me caractérise, j’explique à mes camarades comment partitionner et continuer l’installation. Ah oui il faut choisir l’environnement graphique. Ah oui il faut aussi mettre un mot de passe root et créer un utilisateur avec un mot de passe associé…

Finalement je n’ai du relancer l’installation que 6 fois sur 2 postes parce que les utilisateurs ne lisaient pas les pages d’installation et au final se retrouvaient avec un Debian inutilisable, passons…

Ce qui est le plus dérangeant dans ce programme pédagogique, c’est d’une part que ça n’en est pas un, et qu’ensuite le contenu est totalement inadapté au public auquel il s’adresse.

Dès le premier jour on nous parle de SSH, de sécurisation de connexion, sans même nous donner des bases fonctionnelles sur GNU/Linux, les commandes sont survolées, les exercices ne sont réalisables qu’avec de longues recherches sur le Web (Big Up au CERN) et les travaux dirigés (par personne car faut pas déconner, un intervenant une fois par semaine c’est déjà cher payé, surtout s’il n’a été averti de son intervention que quelques jours plus tôt et ne connaît pas forcément le sujet qu’il sera amené à traiter) ne sont pour la plupart pas réalisables du tout en tant que tel, de par leur énoncé totalement ésotérique et les procédures à suivre sans qu’il n’y ait un rapport quelconque avec les cours.

Tout cela je l’ai dit, mais rappeler qu’une formation, même en mode “Do It Yourself”, doit fournir un minimum d’outils ainsi que la façon de s’en servir pour permettre aux participants de comprendre ce qu’ils font et d’avancer dans la connaissance d’un système sont des choses un peu nécessaires voire indispensable. Mais c’est trop de travail pour une organisation dont le Responsable Pédagogique initial était un stagiaire partant avant le début du programme de formation, que le rédacteur des cours n’a eu que trois semaines pour pondre quatre mois de cours, incluant exercices et TD, alors que tout ça aurait dû être fait un an, voire quelques mois auparavant, c’est s’assurer d’un ratage annoncé.

Car en effet avec la montée en pré-requis des contenus des cours et des TDs, nous avons tous été doucement largués.

Et ça c’est le problème, car le fait d’être largué est tout à fait normal pour des personnes qui ne sont pas issues du milieu informatique, le hic c’est qu’il n’y a aucun soutien pédagogique de la part de l’organisation qui nous reproche même de critiquer le contenu et le suivi de cette formation sans se remettre en question ou en cause à aucun moment.

“Le but de cette formation est de permettre la réinsertion professionnelle des jeunes et la reconversion des plus âgés”. Bullshit !

Lors de la session de recrutement le maître mot était “tu vas voir, après y’aura du boulot pour tout le monde” mais en vérité qu’en est-il ?

Nous sommes treize participants, quatre d’entre-nous ont été approchés par l’entreprise organisatrice de cette formation et on décroché un contrat, mais pour les neuf autres l’histoire est toute autre. Déjà ceux qui ont été recrutés ne l’ont pas été sur leurs compétences en informatique, ce serait trop sérieux, pas assez disruptif, trop mainstream, non soyons oufs, signons des noobs en leur faisant croire qu’ils vont pouvoir administrer des serveurs GNU/Linux en quelques jours, semaines, mois… oui oui oui, c’est cela, et la marmotte… Les autres ont du faire comme d’habitude, prospecter sur internet et trouver un contrat par eux-mêmes, donc l’intérêt de faire partie de cette session de formation à ce niveau est totalement absent. Après tout on a déjà accès à des slides obscurs, des machines pour les lire et un local (à la limite d’usage) alors n’en demandez pas trop !

En revanche au lieu de nous fournir du personnel pédagogiquement et techniquement compétent ben on nous lance une RH (dont je viens d’apprendre le départ prochain) pour nous apprendre à rédiger un CV et créer une page Linkedin (sérieux !!) pour être plus visibles et avoir une chance d’intéresser un recruteur. “Mais Madame, si on mets que du bullshit dans notre CV c’est pas grave ? – Non ce qu’il faut c’est qu’il soit joli pour que la RH qui le verra ait envie de vous recevoir en entretien. – Même si on n’y connaît rien ? – Non pas grave je vous dis, et puis taisez-vous, faites moi un beau CV ou je dis à la direction que vous êtes pas gentil et vous n’aurez pas de travail à la fin !!”. Bon c’est caricaturé mais c’est un peu ce qu’on nous a dit.

Après ces 10 semaines nous sommes plusieurs à nous inquiéter, certains ont même ouvertement démissionné même s’ils sont parfois présent, l’assiduité liée à la motivation a fondu comme neige au soleil. Nous sommes conscients, du moins la plupart, quatre/cinq éléments croient encore aux licornes qui chient des arcs-en-ciel, qu’il n’y aura pas forcément d’issue positive au sortir de la formation, et même certains qui ont signés leur embauche ne sont pas sûrs de rester longtemps dans une entreprise dont les dirigeants sont des petits tyrans, mode Macron.

Car c’est un peu ça l’esprit, on te donne accès à du bullshit et si tu ne comprends pas que l’entreprise organisatrice de la formation fonctionne comme ça, ben t’as rien à faire là. Oui tiens parlons en un peu de cette fumisterie.

L’entreprise qui organise la formation a pignon sur rue, de nombreux contrats pour les services publics, mais ce qui n’est pas dit c’est qu’elle a aussi beaucoup de procès, aux prud’hommes, principalement, mais aussi au Tribunal du Commerce, pour non respect des engagements auprès du client, et à la vue de cette formation je ne suis pas étonné.

Ayant évolué pendant près de vingt ans dans l’environnement informatique lié à Microsoft je suis un habitué du bullshit commercial. En effet quand votre SSII (pardon votre Entreprise de Service Numérique – on a échappé au Service Digital) veut vous placer en clientèle elle va vous vendre comme expert, même si vous ne connaissez rien à la techno exploitée car ce qui est important est de vous placer, pas de répondre de la meilleure façon possible au besoin du client, bien sûr. Seulement je pensais que c’était lié uniquement à l’environnement bureautique Windowsien, ben non il y a des entreprises qui exploitent le Libre et l’Open-Source pour faire du fric sale, où éthique et morale n’ont pas leur place, où seul le chiffre compte. Eh là c’est le drame…

Oui car je voulais changer de vie professionnelle, de vie tout court, mais on commence comme on peut avec ce qu’on peut avoir ok ! Mais non en fait, tu vas faire la même merde qu’avec Windows, mais dans un environnement GNU/Linux… euh comment dire… merci, mais non merci… Moi ce que j’aimerais faire c’est bosser pour une boîte respectueuse de ses engagements envers ses employés, ses clients, qui lorsqu’elle est croissante puisse redistribuer au fonctionnement de l’entreprise, via l’amélioration des conditions de travail des salariés, tout en resserrant ses liens avec sa clientèle, avoir un minimum d’éthique et de morale, mais je dois être un éternel naïf, ou pas…

Et j’en suis là.

Je m’interroge. Si je veux vraiment être compétent dans ce secteur je ne vais pas avoir trop de choix : bosser par moi-même, ou bosser par moi-même pour trouver un boulot par moi-même, ce qui ne change pas grand-chose par rapport à ce que je faisais avant d’arriver dans cette formation, voire mieux car chez soi, même si les distractions sont nombreuses, les capacités de concentration et de travail sont meilleures.

Donc voilà pour le bilan : NÉGATIF

Aujourd’hui nous n’avons pas le choix, cette session doit aller jusqu’à son terme, et ce sera douloureux, la motivation étant désormais absente, l’absence de sérieux de l’organisation de cette formation étant de plus en plus flagrant au niveau du support pédagogique, du programme même et des assurances quant à l’issue positive à cette formation en terme de travail, nous devons faire face, et la claque qu’on nous y a donné est d’une telle force que nous sommes sidérés.

Je vais continuer à suivre la formation qui ne dit pas son nom, mais je dois avouer que toute crédibilité qu’elle ait pu avoir à mes yeux est désormais éteinte.

Je pourrais donner maints exemples quant à tout le bullshit que j’ai rencontré durant ces premières semaines, mais je ne vais pas spoiler le suspens qui nous attend pour la suite…

Stay tuned…

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