Le Peuple Souverain (un peu comme la monnaie…)

Fin 2012

Dernier mois avant une nouvelle année.

Et quelle année !!

Celle qui vient de se dérouler ne m’a pas été très bénéfique, bien que les changements ont été pour le moins radicaux.

Je dirais que ce que j’ai vécu a été un échec (encore), d’une tentative désespérée de voir ma vie s’améliorer. Je sais aussi que je ne suis pas à la fin de ma peine. Aujourd’hui par exemple, je dois postuler à un emploi dans une société de service qui va me louer à une institution financière (encore).

Je ne voulais plus bosser pour les banques, et je pense que je ne vais pas faire d’efforts pour avoir ce boulot.

En réalité je n’en veux pas. Je pense que je dois rester intègre. C’est difficile, ô combien, surtout quand la conjoncture n’est pas à l’enrichissement. Peut-être dois-je faire, une fois encore, profil bas, accepter de servir le grand Satan, pour pouvoir me libérer, bien que j’en doute, vraiment du plus profond de moi. Mais je vais jouer le jeu, hélas, bien malgré moi.

J’aimerais ne pas avoir à me pervertir, me plier à ce système, à ses aberrations, me retirer dans un petit village, loin des villes, tenter de vivre en autarcie, cultiver ma terre, élever mes poules, mes chèvres, vivre simplement de ce que la nature m’apporterait, ne plus me soucier de compte en banque, de charges sociales, de connexion internet ou téléphonique, voir le soleil se lever et se coucher, et avec lui respirer de mes journées la paix.

Mais pour cela, dans ce monde-ci, tel qu’il a été conçu (je n’y suis pour rien), il faut un capital, une mise de départ, pour s’offrir cette cahute, ce terrain, ces poules et ces chèvres. Or je n’ai rien, pas même la liberté de choisir le mode de vie que j’aimerais suivre.

Je m’interroge de jour en jour comment je vais faire pour vivre, ou survivre jusqu’à ce que ce système s’effondre sur lui-même, en un magnifique collapsus final, incapable de se regonfler, tel un cœuren plein infarctus.

J’envie Diogène, et le courage des premiers cyniques, cette audace, cette capacité surhumaine de rejeter l’hypocrisie du sens commun, les mensonges des démagogues, la petitesse de leurs prochains.

Mais c’était la Grèce, il y a 2000 ans, le climat n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, les hommes non plus, non pas qu’ils étaient plus sages, mais moins soumis certainement à leur société, plus libres de penser par eux-mêmes, moins soumis à l’illusion de la démocratie, car bien qu’ils vivaient en parfaite dictature, ils n’en demeuraient pas moins décideurs de leur vie.

Aujourd’hui nous ne sommes que des esclaves, voire moins que ça, incapables de nous élever contre ceux-là même que nous avons hissés au pouvoir, et qui du haut de leur piédestal nous écrasent en s’engraissant sans remords.

Aujourd’hui on entend partout que le peuple doit faire un effort, que la crise implique des sacrifices, mais que font-ils ceux-là même dont je parle pour montrer l’exemple ?

Renoncent-ils à une part de leurs revenus (oui au pluriel car ils mangent à tous les râteliers), font-ils amende honorable de leurs excès, sont-ils vraiment touchés par cette crise qu’ils ont alimentée en faisant fi des restrictions qu’ils nous imposent ?

Je pense qu’ils se moquent royalement de nous, de nos vies, de nos existences, ne voyant en nous que des vaches à lait, tout juste bonnes à se faire traire jusqu’à épuisement, et dont la viande même est impropre à être consommée.

Le peuple souverain n’est qu’un mythe que les philosophes ont porté sur des décennies, mais qui en réalité n’est que la somme des serviteurs d’un système qui les saigne à petit feu.

Tout a été fait pour rendre le peuple de plus en plus ignorant, de plus en plus incapable de se suffire à lui-même, de faire en sorte que personne ne soit capable de se libérer de ce système, soumis autant que nous sommes à l’empire pétrolier, financier, monétaire.

Nous ne sommes que des esclaves, tout juste capable de lire les publicités vantant des produits dont nous n’avons aucun besoin, mais faisant appel à nos envies égoïstes primaires.

Nous ne sommes bons qu’à nous abrutir devant des émissions télévisées ne faisant appel à aucune faculté cognitive, tout juste intéressante pour un ego qui s’alimente d’espoir d’être un jour reconnu, ne serait-ce qu’une quart-d’heure (merci Andy). Merci télé-réalité abrutissante, faisant des enfants incapables de réaliser qu’ils vivent dans un monde illusoire, incompétents et assistés à l’extrême, dépendants totalement des circuits commerciaux, des produits issus de l’industrie pétrolière (shampooing, vêtements, chaussures, téléphones mobiles, …), soumis à une logique égoïste totale où l’intérêt personnel immédiat prime sur celui plus altruiste à long terme.

Je viens de terminer un roman (oui je lis pas mal, en plus) « la théorie des dominos », où l’auteur, Alex Scarrow, décrit bien l’apocalypse à venir, l’effondrement de ce système, et surtout son incapacité à se relever, car ce que les tenants de ce monde n’ont pas vraiment compris, ou ont totalement oublié, c’est qu’ils n’ont ce qu’ils ont que parce que nous sommes ce que nous sommes. Le jour viendra où nous ne pourrons plus les alimenter, les servir, et ils n’auront rien à nous proposer pour combler ce vide, et leur système s’écroulera.

Alors le monde entrera dans une régression telle que plus de la moitié des êtres humains y laisseront la vie. Ensuite ce ne sera qu’une course à la survie, pour enfin aboutir, après plusieurs mois, à une vie telle qu’elle aurait pu être vers la fin du XVIIIè siècle, sans satellites, sans voitures, sans téléphones, sans électricité fournie par des centrales nucléaires, qui à l’abandon seront des zones à éviter (la France regroupe 48 centrales).

Nous reviendrons, à peu de chose près, à un niveau technologique et culturel proche de celui du moyen âge. Et où seront ces démagogues qui nous demandent aujourd’hui de faire des efforts pour qu’ils continuent à enrichir les riches (donc eux-mêmes), à appauvrir les pauvres (ben les autres) ?

Le peuple souverain n’est qu’une illusion, car ils ont tout fait pour nous diviser, nous amoindrir, dans notre capacité à nous sublimer, à devenir meilleurs, à grandir.

Ce dernier mois de l’année va marquer un tournant, et l’année qui s’annonce sera peut-être révélatrice de cette réalité que nous ne voulons pas voir, le cul vautré dans nos canapé suédois devant nos écrans sud-coréens.

Le peuple souverain n’est plus.

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